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La dernière chance

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Réalisation : Leopold Lindtberg
Acteurs: Ewart G. Morrison, John Hoy

Synopsis

Septembre 1943, Italie du Nord. Deux prisonniers de guerre évadés, un Britannique et un Américain, sont recueillis par le curé d’un village qui cache des fugitifs juifs. Il les convainc d’accompagner à travers la montagne un groupe de réfugiés de dix nationalités différentes jusqu’en territoire neutre, la Suisse. Ce sera leur dernière chance.

Politique d’asile de la Suisse

Respectivement juifs polonais et autrichien, le producteur Lazar Wechsler de la Praesens Film et le réalisateur Leopold Lindtberg ne pouvaient qu’être très sensibles à la politique d’asile de la Suisse durant la guerre. Il faut rappeler que dès 1938, Berne exige l’apposition du sceau « J » sur les passeports juifs des immigrants. En août 1942, le conseiller fédéral Eduard von Steiger estime que « la barque est pleine » et fait fermer hermétiquement la frontière. Dès ce moment, seuls les réfugiés « politiques » sont admis. Mais une directive fédérale précise que      « ceux qui n’ont pris la fuite qu’en raison de leur race, les Juifs par exemple, ne doivent pas être considérés comme des réfugiés politiques ». Il faut néanmoins préciser ici que ces mesures fédérales seront critiquées par une grande partie de la population qui fera entrer illégalement de nombreux réfugiés.

Réalisation du film : un parcours semé d’embûches

En décidant de mettre en scène la situation des réfugiés, la Praesens Film s’attire les foudres du gouvernement suisse qui se méfie d’une œuvre potentiellement critique à l’égard de ses positions. Plusieurs fois, l’armée complique le tournage, interdit certains sites prévus pour des séquences et refuse des autorisations. Une fois le film achevé, tout est mis en œuvre pour retarder sa sortie – au moins jusqu’à la fin de la guerre. Certains militaires, germanophiles, exigent même la destruction du négatif. Contre toute attente, la censure autorise néanmoins la sortie du film sans modification ni coupure. Seule une scène sera raccourcie, sur demande du président de la Confédération et d’un conseiller fédéral : la scène d’attente au poste-frontière; trop longue, elle sous-entendrait que l’accueil des réfugiés n’allait pas de soi.

Un succès mondial

Dès sa sortie en 1945, Die letzte Chance connaît un succès national et international. Il reste 14 semaines à l’affiche à Zurich et fait 1 million d’entrées en Suisse, avant d’entamer une carrière internationale. En 1946, le film remporte le Prix International de la Paix au festival de Cannes. Restauré par la Cinémathèque suisse en 2016, ce classique du cinéma helvétique attire à nouveau le public dans plusieurs festivals (Lyon, Cannes, Bologne, Thessalonique et New-York).

La Praesens Film

Fondée en 1924 par l’ingénieur Lazar Wechsler et le pionnier de l’aviation Walter Mittelholzer (futur père de la Swissair), la société zurichoise Praesens Film se consacre d’abord au cinéma publicitaire et de commande. Elle se lance ensuite dans la production d’œuvres plus ambitieuses. Son premier coup d’éclat : un film sur la défense de l’avortement tourné à Zurich par le russe Eisenstein ( Frauennot-Frauenglück, 1929).

Lazar Wechsler constitue peu à peu une équipe de collaborateurs que l’on retrouve dans presque toutes les productions : le scénariste Richard Schweizer, le chef opérateur Emil Berna, le monteur Hermann Haller, le compositeur Robert Blum, l’acteur Heinrich Gretler et les réalisateurs Leopold Lindtberg et Franz Schnyder.

A la fin des années 1930, la Praesens Film contribue à la « défense nationale spirituelle » souhaitée par le gouvernement suisse avec une série de films patriotiques qui évoquent la guerre de 1914-1918 (Füsilier Wipf de Lindtberg en 1938 ou Gilberte de Courgenay de Schnyder en 1941) ou la victoire des Suisses à Morgarten en 1315 (Landamann Stauffacher de Lindtberg en 1941).

Mais les engagements politiques et moraux de Lazar Wechsler le poussent à toujours revenir à des sujets plus graves comme Marie-Louise de Lindtberg (1944), sur les enfants français accueillis en Suisse durant la guerre.

Dans les années 1950, la société s’éloigne des sujets graves pour tourner des productions populaires et familiales, comme Heidi réalisé par Luigi Comencini (1952).

Contrôlant verticalement toute la chaîne de production cinématographique, de la création à la distribution, à la fois despote, progressiste et visionnaire, Lazar Wechsler était considéré comme le seul producteur « à l’américaine » de Suisse.

Rachetée au début des années 1970, la Praesens Film est la plus ancienne société cinématographique suisse encore en activité. 

LM