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L'ordre divin

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Réalisation : Petra Volpe
Acteurs: Marie Leuenberger, Max Simonischek, Rachel Braunschweig

Le film

Nora est une jeune mère au foyer. En 1971, elle vit avec son mari et ses deux fils dans un paisible village suisse où l'on a peu senti les bouleversements du mouvement de 68. Pourtant, la paix dans les chaumières et dans son foyer commence à vaciller quand Nora se lance dans le combat pour le suffrage féminin…

La réalisatrice

La scénariste et réalisatrice italo-suisse Petra Volpe est née en 1970 à Suhr, fille de l’union d’un immigré italien et d’une boulangère du coin. Elle a étudié à l’école de cinéma Babelsberg à Berlin. Pendant ses études, elle a écrit et réalisé plusieurs courts métrages. Elle a obtenu son diplôme en 2003 et travaille depuis comme scénariste et réalisatrice indépendante. Son premier film, Traumland, est sorti dans les salles suisses en 2014, après avoir conquis le public de nombreux festivals. Il a été nominé pour quatre Prix du cinéma suisse. Elle vit aujourd’hui entre Berlin et New York. L’ordre divin, primé lors des Prix du cinéma suisse et du Tribeca Film Festival de New York, s’annonce d’ores et déjà comme le grand succès du cinéma suisse de l’année.

La saga du suffrage féminin en Suisse

Les débuts de la lutte pour l’obtention du suffrage féminin remontent à la fin du XIXe siècle : l’Union suisse des ouvrières, fondée en 1890, s’y engagea dès 1893. Cette association organisa la première « Journée internationale de la Femme » en 1911. Les valeurs féministes prirent doucement forme, mais sans succès tangible. En Suisse, au lendemain de la Première Guerre mondiale, des groupes de femmes opposées au droit de vote se constituèrent. Issues la plupart du temps « des mêmes milieux que les partisanes (niveau social élevé, formation universitaire, solide assise économique), elles étaient souvent liées [...] aux politiciens influents rejetant le suffrage féminin [...]. Elles prônaient une séparation claire des tâches masculines et féminines dans la société.» (Dictionnaire historique de la Suisse / Suffrage féminin).

Dans une bonne partie de l’Europe, le droit de vote et d’éligibilité des femmes est un fait acquis dans la première partie du XXe siècle. Mais la Suisse, véritable bastion du conservatisme, poursuit son train-train feutré. Aux yeux de la majorité des Helvètes des deux sexes, arracher la femme à ses tâches de mère et d’épouse est synonyme de péché contre-nature, voire contre l’ordre divin des choses. Si la femme a du charme, quelques talents artistiques, elle s’en sort mieux. En principe, si elle n’a pu échanger son identité de « fille de » pour celle d’une épouse, elle vit sous la tutelle de son père. La liberté toute relative qu’elle a à sa majorité (20 ans) ne lui profite guère : elle n’a généralement aucune formation et ne peut prétendre à aucun revenu. Et même si une loi fédérale de 1882 accorde aux femmes non mariées le « droit intégral de jouissance et d’exercice des droits civils », la sujétion des femmes mariées aux maris va perdurer encore cent ans.

Les métiers féminins, moyens d’émancipation, sont encore rares. Si certaines femmes réussissent à conjuguer profession et ménage, elles doivent assumer généralement toutes les tâches domestiques en plus de leur activité extérieure. Les postes supérieurs sont réservés aux hommes, et à travail égal, les femmes gagnent moins que les hommes. 

Lorsque les Suisses doivent voter pour ou contre le suffrage féminin en février 1959, 67% des votants rejettent cette idée. Maigre consolation : trois cantons romands (Vaud, Neuchâtel et Genève) vont accorder le droit de vote aux femmes entre 1959 et 1960. Dans les autres cantons, le suffrage féminin se met en place entre 1959 et 1990 (Appenzell). 

La Suisse, un peuple d’arriérés ? Pas vraiment. Il fallait une double majorité (celle du peuple et celle des cantons) pour modifier la Constitution fédérale et inscrire le suffrage féminin dans le Code civil. Si cette décision avait dépendu seulement du Parlement, comme dans les autres démocraties européennes, elle aurait peut-être été prise plus tôt. Le 7 février 1971, les femmes obtiennent, sur le papier, l’égalité des droits civiques, 53 ans après l'Allemagne, 52 après l'Autriche, 27 ans après la France et 26 après l'Italie.

Les féministes triomphent, mais nombreuses sont encore, bien longtemps, les femmes qui se demandent à quoi va bien pouvoir leur servir ce droit nouvellement acquis. Les femmes ne peuvent, en effet, exercer une profession et ouvrir leur propre compte bancaire sans autorisation de la part de leur mari que depuis 1988. La Suisse s’est depuis lors rattrapée : elle est l’un des rares pays ayant possédé un gouvernement à majorité féminine (2010-2011), et a été dirigé par une femme à sept reprises depuis 1999 (Ruth Dreifuss 1999, Micheline Calmy-Rey 2007, Doris Leuthard 2010, Micheline Calmy-Rey 2011, Eveline Widmer-Schlumpf 2012, Simonetta Sommaruga 2015, Doris Leuthard 2017).

LP